C’est le début d’une belle aventure : allaiter ses jumeaux. Tout juste après les premiers cris, les premiers regards, vient le temps de la première tétée. Ce moment magique et unique sera différent pour chacune.

Tous les conseils que je donne sont issus de mon vécu d’un premier allaitement simple et d’un second double. J’ai eu la chance dans les deux cas de ne pas connaître la prématurité. Je ne peux donc pas adapter mes conseils dans cette situation. Si c’est votre cas, faites appel à une conseillère en lactation qui pourra vous soutenir, et suivez les conseils du personnel médical qui vous entoure, tout en leur faisant part de vos désirs.

La première tétée de bienvenue :

Plus qu’une première tétée, c’est une découverte mutuelle, un premier contact extérieur à la chaleur du ventre. Un lien inné et vital.

Pour ma première fille, j’ai accouché par voie basse. La mise au sein s’est faite rapidement après la naissance, juste tous les trois, au calme dans la salle d’accouchement. Nous avons laissé le bébé prendre son temps pour chercher le sein, renifler, bouger et dans un dernier effort lever la tête et s’affaler sur le téton. Le colostrum est aussitôt arrivé.

Pour les jumelles, les choses ont été différentes. La naissance a eu lieu par césarienne.  Je n’ai pas eu la possibilité de les avoir avec moi juste après la naissance. La mise au sein s’est donc effectuée beaucoup plus tard dans la journée. Quatre heures après pour L. et six heures pour M.
La césarienne, c’est ce que je craignais le plus pour cet accouchement.  Dans ma tête, il était inconcevable que les jumelles naissent  par césarienne.
J’avais préparé mon « projet de naissance »  pour une voix basse. Je me suis pris un gros mur le jour de l’accouchement.
Les deux filles étaient en transverse, lors du déclenchement,  ce qui rendait une naissance naturelle impossible.
Le problème avec la césarienne, ce sont les deux heures de surveillance en salle de réveil où nous sommes séparées des bébés. Elles étaient toutes les deux bien au chaud contre leur papa. Moi, j’étais toute seule dans une grande salle, pleine de vieux, qui venaient de se réveiller de leurs opérations. Ça a été 2h30 interminables.
Quand un bébé naît, il a un éveil exceptionnel les deux premières heures de vie.  Il cherche naturellement, pendant  cette période, à téter pour la première fois. Passer ces deux heures, il part pour un long sommeil.
Avec la césarienne et la séparation en salle de réveil, nous n’avons pas la possibilité de partager ce moment d’éveil intensif ni pour l’allaitement ni pour se découvrir et faire connaissance.
Quand nous arrivons enfin dans notre chambre, nous découvrons nos bébés habillés et endormis. Une très grande frustration…
J’ai mis plusieurs mois à m’en remettre. Pour moi, la césarienne a été, plus qu’une douleur physique, une douleur psychologique.

Il faut donc attendre, le réveil d’un des deux bébés, pour lui proposer le sein  pour la première fois.

M. s’est réveillée la première. Mon mari me l’a donné, pour que je puisse la mettre au sein.  Mais elle n’a pas voulu téter et s’est rendormie très rapidement.
L. s’est réveillée en deuxième et elle a accepté tout de suite de prendre le sein quand je le lui ai proposé.
C’est au deuxième réveil, en fin d’après-midi, que M. a enfin pu téter.

Pour cette première tétée, je les ai donc allaitées l’une après l’autre. Mais je pense que si l’on se sent à l’aise, lors d’une naissance par voie basse, on peut tenter une mise au sein des deux bébés en même temps. Mettre d’abord un bébé, lui laisser le temps de le trouver, et ensuite installer l’autre bébé.
Pour ma part, j’étais allongée sur le dos avec un coussin sous le bas, le bébé posé sur mon ventre. Cette positon est confortable, elle ne tire pas sur la cicatrice. Elle permet de se reposer en même temps, si besoin, en choisissant son inclinaison.

Voici la position allongée sur le dos « bain de soleil » pour l’allaitement d’un bébé à la fois.

L’allaitement des jumeaux la journée à la maternité :

Allaiter deux bébés ensemble ou séparément, cela vient naturellement. Dans la continuité de cette grossesse gémellaire, qui est extraordinaire, mais qui est devenue la norme pour nous.

Pour moi, les tétées la journée étaient différentes des tétées de nuit.
En journée, il y avait souvent quelqu’un pour m’aider à mettre les bébés aux seins, alors j’en profitais. C’est grâce à cela que j’ai essayé, au maximum, de faire des co-tétées. Cela permet, en plus de stimuler la production, de faire profiter aux deux bébés de ma montée de lait, et de les aider à prendre plus vite du poids. J’ appelais une infirmière pour venir m’aider à mettre les bébés aux seins, et une fois la tétée terminée, à les enlever. Les premiers jours et même les premières semaines, les bébés ne tiennent pas leur tètes, et leur corps est tout mou. Il est très difficile de les manipuler seule simultanément.
Je leur donnais à boire ensemble quand les deux étaient réveillées, souvent après le bain ou en fin de journée. Par contre, je n’en réveillais jamais une si sa sœur réclamait. Je donnais à la demande, suivant le rythme de chacune des deux.

Mon moment préféré était le peau à peau après le bain. Je les mettais toutes les deux aux seins et elles s’endormaient toutes les deux contre moi.  

Pour une question de confort, je conseille aux mamans de privilégier les positions allongées pour donner à boire aux bébés. Un bébé s’habitue rapidement à une position, et la maman aussi. Dans le cas d’une césarienne, et même s’il n’y en a pas, il est important, je trouve, de prendre cette habitude. Pour moi, c’était les moments où je pouvais me reposer et lâcher les tensions : le corps a été tellement sollicité par la grossesse gémellaire, et l’est encore après la naissance.
Les premiers jours après un accouchement il est important de rester le plus possible allongé le temps que tout se remette correctement à l’intérieur de notre corps.

Voici la position allonger sur le dos pour l’allaitement double (co-tétées)

Il arrive souvent au début qu’un seul des deux bébés soit réveillé et réclame à boire. Dans ce cas, il est plus confortable d’allaiter dans la position allongée sur le côté. Il faut se mettre, en position latérale de sécurité, avec le bébé sur le flanc, ventre contre ventre, avec hanches, épaules et oreilles alignées. Les genoux légèrement remontés. J’utilisais un coussin d’allaitement (Celui-ci ) que je mettais en arc de cercle, avec une extrémité entre mes genoux, et l’autre extrémité pour caler le dos du bébé.
Avec la petite largeur du lit de maternité, cette technique est très bien, et utilisable avec des jumeaux. Veillez à toujours bien caler et sécuriser le bébé le plus proche de la barrière avec un traversin.  Au retour à la maison, dans un lit deux places, il y a plus d’espace.

Voici la position allongée sur le côté pour l’allaitement des bébés chacun leur tour

L’allaitement des jumeaux la nuit à la maternité

Au calme et dans la pénombre, ce moment d’intimité entre les jumeaux et leur maman reste mon moment favori.

Avant d’accoucher, j’ai cherché partout sur internet des solutions pour allaiter les jumeaux allongés sur le côté. C’est cette position, que j’ai utilisée la nuit pour ma première fille, suite aux conseils de la sage femme. Je voulais absolument utiliser cette même positon pour les jumelles. Cela me permettait de ne pas avoir à me lever ni à recoucher le bébé une fois la tétée terminée. Je dormais avec elle, et il me suffisait d’approcher le sein pour lui donner à boire la nuit, sans avoir à bouger, ni elle ni moi. N’ayant rien trouvé, je me suis dit que j’allais essayer d’adapter cette technique à des jumeaux le moment venu.

À la maternité contrairement à la journée, la nuit, nous sommes seules. C’est fatigant d’avoir à appeler et attendre qu’une infirmière arrive (alors que son bébé pleure) à chaque fois que l’on doit prendre ou remettre un des bébés.
J’ai donc relevé les deux barrières de sécurité de chaque côté du lit, mis des traversins des deux côtés, et j’ai installé les deux filles sur un carré à langer jetable recouvert d’un lange ( ici  ) .
Je leur donnais à boire l’une après l’autre, suivant les réveils, dans la position allongée sur le côté. À la fin de la tétée, j’avais juste à basculer légèrement le bébé sur le dos, s’il était resté de côté.
Quand le deuxième bébé réclamait, je le glissais vers la tête du lit. En tirant délicatement sur le lange, je décalais sa sœur vers la barrière latérale, et je glissant le bébé, entre sa sœur et moi. Je pouvais ensuite lui donner à boire à son tour, allonger sur le côté, et le laisser endormi, sans avoir à le bouger, une fois la tétée terminée.
Une fois que les deux filles avaient bu sur le même sein, je changeais de côté pour donner l’autre sein. Une vraie torture les premiers jours avec la césarienne. Il fallait se mettre à genoux sur le lit, faire glisser les bébés de l’autre côté du lit à l’aide du lange, et ensuite se recoucher sur l’autre flanc! Très doucement, car c’est là que tout tire a l’intérieur du ventre. Mais une fois calée, c’est une position confortable!
Si les deux bébés réclamaient en même temps, je donnais le petit doigt au bébé qui ne tète pas pour l’aider à attendre son tour. C’est l’avantage d’avoir des jumeaux : ils apprennent à patienter dès la maternité! Et ça fait des bébés très patients!

 

Très important pour un allaitement réussi la nuit, que ce soit pour un bébé ou des jumeaux.
Voici les deux conseils :

  • 1 : Donner à boire au bébé AVANT qu’il ne se réveille totalement.

    Il faut apprendre à repérer cet état de sommeil. En général, il commence à faire des petits bruits de succion avec sa bouche, et entre dans un sommeil plus agité. C’est le bon moment pour approcher le sein de sa bouche. En général, il le prend tout de suite. Si ce n’est pas le cas, essayer un peu plus tard.

  • 2: NE PAS REPOSER ou bouger le bébé, après la tétée, s’il s’est endormi.

    Quand la tétée est terminée, si nous devons reposer le bébé dans son berceau ou le déplacer, ça risque de le réveiller. Peut-être pas au début, mais sûrement par la suite. Il faut dans la mesure du possible, laisser le bébé endormi au même endroit.
    C’est pour cela que la position d’allaitement, allongée sur le côté, à ce gros avantage. Nous avons juste à nous décaler un peu en fin de tétée, sans toucher au bébé. Quand nous utilisons les positions où le bébé est sur soi ou en madone pour les tétées de nuit, nous sommes obligés de les reposer en fin de tétée (ou de les garder toute la nuit comme ça, sans pouvoir dormir …) et là ce n’est vraiment pas confortable pour la maman!

Je gardais toujours à côté de moi une loupiote magique : la veilleuse Babymoov (ici ). Elle permet de varier l’intensité de la lumière suivant le moment du repos, de la tétée ou du change. Cela me permettait en permanence de voir mes bébés, et de ne pas avoir à allumer la lumière pour les nombreux changes.

Les deux premières nuits, je n’arrivais pas à dormir. J’ai essayé de mettre les jumelles en nurserie, après leur tétée, pour me reposer un peu et essayer de dormir. Mais impossible de trouver le sommeil. Je n’avais qu’une hâte, c’était que les sages femmes me les rapportent. Et quand je les ai enfin eues près de moi, j’ai pu m’assoupir un peu. Au bout de la troisième nuit, j’ai commencé un peu à m’habituer à ces deux petites boules de chaleur et à dormir un peu.

 

Du colostrum à la montée de lait

Cette transition est parfois difficile à vivre. Le colostrum, liquide épais et jaune, se transforme en lait, liquide fluide et blanc.

Avec  le colostrum, les deux premiers jours, il est important d’alterner les deux seins pour stimuler la production.
Pour un bébé, il est conseillé de le faire boire, 10 min sur chaque sein, sur une même tétée.
Alors pour des jumeaux, vous pouvez faire une tétée de 20 min sur un sein pour un des bébés, et 20 min sur l’autre sein pour le deuxième bébé.
Pour ne pas s’emmêler les pinceaux, les bébés avaient le même sein une journée et une nuit complète, et le lendemain matin, j’échangeais.

Il est très important d’alterner les côtes pour trois raisons :

  • Premièrement, cela évite la plagiocéphalie (syndrome de la tête plate). Dès le début, il faut être vigilant sur les appuis de la tête du bébé pour qu’elle repose un temps égal à droite comme à gauche.
  • Deuxièmement, les deux bébés n’ont pas la même manière de tétée et de stimuler le sein. Un sein peut plus produire que l’autre pour cette raison.
  • Et troisièmement, le débit et la « contenance » d’un sein à l’autre peuvent également varier : un bébé pourrait être plus nourri que l’autre.

Le confort et la douceur du colostrum vont faire place aux tensions et au haut débit de la montée de lait.

Au bout du troisième jour environ, les seins commencent à s’alourdir et à chauffer. Ils gonflent, à vue d’œil. Les veines se dessinent et il peut y avoir une sensation d’inconfort et de fatigue. C’est la montée de lait.
Les bébés peuvent parfois être surpris par le changement de goût, de texture et de débit, et ne plus vouloir prendre le sein. Il faut leur laisser le temps de la découverte.
Le gros avantage avec les jumeaux, c’est que cette montée de lait est beaucoup moins douloureuse. Ils sont deux, à boire et à vider les seins en même temps. C’est le bon moment pour essayer de faire le plus possible des co-tétées. Cela permet, au bébé qui a une moins bonne succion, de profiter de la montée de lait de chaque tétée.
Mettre les bébés le plus possible au sein permet de réduire les douleurs de l’engorgement. Si les seins sont lourds et douloureux, on peut mettre en alternance des gants chauds (avant tétée) et des pains de glace (après tétée) comme ceux-ci et laisser couler le surplus de lait dans des coques en silicone ( ici ).
Lorsque l’on donne à boire à un seul bébé, après la montée de lait, le deuxième sein se met à couler. Je mettais une coque en silicone le temps de la tétée pour plus de confort et pour éviter d’inonder le lit. Il est déconseillé d’utiliser en permanence les coques en silicone, préférez les coussinets d’allaitement lavable (et non les jetables qui favorisent les macérations). Il faut essayer d’être le plus possible les seins à l’air libre, pour éviter toutes les pressions et l’humidité. Prévoir également dans sa valise un tube de crème pour l’allaitement Lansinoh,  à étaler généreusement.

Les conseils pendant le séjour à la maternité

Chaque séjour est différent, et chaque maternité également. Les habitudes du personnel médical ne sont pas forcément en adéquation avec vos besoins et vos envies. N’hésitez pas à dire tout simplement ce que vous souhaitez. En général, les sages-femmes et puéricultrices font en sorte de trouver des réponses favorables. Voici les conseils que je peux donner suite à mes deux passages :

  • N’accepter pas, quel l’on réveil votre bébé pour les soins, le bain ou la température. Dites-le dès votre arrivée. Proposez d’appeler vous même la puéricultrice quand les bébés sont réveillés et que c’est le bon moment pour vous.
  • Si vous n’avez pas envie d’aller donner le bain en nurserie, et que vous voulez rester dans l’intimité de la chambre, dites-le également. Pour ma première fille, je n’en avais pas envie, et pour les jumelles, j’étais incapable de tenir debout trop longtemps.
  • La nuit, vous pouvez appeler une puéricultrice pour qu’elle change les bébés. Ça vous évite de vous lever surtout avec une césarienne. Même si ça va mieux au bout de quelques jours, c’est un confort de ne pas avoir à se lever.
  • Si vous avez faim la nuit, demander une collation avec un yaourt et gâteau aux sages femmes. Surtout au début l’allaitement double ça creuse! Ce n’est pas le moment de faire régime pour espérer rentrer à nouveau dans ses anciens pantalons! Les premiers temps, j’étais obligé de manger très régulièrement pour éviter les hypoglycémies, de jour comme de nuit.
  • Le bébé peut parfois avoir des petites coliques, ou mots de ventre. Il se tortille (surtout la nuit) et, pleuré quand on le met au sein. Il faut le prendre contre sois, à la verticale, ventre contre ventre, et lui donner le petit doigt. C’est une technique magique. Une fois rendormi, on peut le reposer délicatement.
  • S’il y a un ostéopathe au sein de la maternité, vous pouvez profiter d’un rendez-vous pour vos bébés et pour vous pendant votre séjour. Même avec un accouchement par césarienne, il est important de remettre tout en place pour la maman et de vérifier que tout va bien pour les bébés. Tous les dysfonctionnements ne viennent pas forcément que de la sortie de ventre, ils peuvent être dus à la position et à l’appui du bébé dans le ventre.

Pour conclure, chacune trouvera des solutions suivant les situations qui se présenteront. J’espère que vous trouverez dans cet article des idées et des réponses à vos questions, pour les adapter à votre expérience.
Vous pouvez vous rapprocher de votre PMI http://allopmi.fr/votre-pmi.html pour prendre contact avec une conseillère en lactation avant l’accouchement. Elle pourra vous aider et vous soutenir pour toutes interrogations.
Pensez et préparez votre projet de naissance en tenant compte de toutes les situations. Même si une césarienne n’est pas prévue, renseignez-vous auprès des feuillets de la  leche league pour l’allaitement après la césarienne : https://www.lllfrance.org/1334-da-27-allaitement-cesarienne.
Dans certaines maternités, la tétée de bienvenue peut se faire quand même en salle de réveil. Je pense qu’il est important d’en parler avant la naissance pour savoir quelles sont les habitudes de la maternité quand il y a une césarienne pour l’allaitement, et s’ils sont ouverts à ce que vous souhaitez.

🎀 Lucie 🎀

www.pdf24.org    Send article as PDF   

2 comments on “L’ALLAITEMENT DES JUMEAUX A LA MATERNITÉ (pour un seul bébé, ça marche aussi)”

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *